Ce qui ressemblait à un projet de science-fiction dystopique a bel et bien commencé à voir le jour. En Californie, la start-up Reflect Orbital a éclairé le désert en pleine nuit avec des projecteurs, pour simuler ses futurs satellites miroirs. Une première étape technique avant de déployer cette technologie promettant le jour à la demande.

Le samedi 10 octobre au soir, les habitants de Lone Pine, une petite ville au pied de la Sierra Nevada, en Californie, ont eu une drôle de surprise. Des lumières aveuglantes se sont mises à briller dans le désert au sud de la ville. Sur le moment, il était impossible de savoir exactement d’où venaient les lumières, comme si le jour était soudain apparu sans prévenir au milieu de la nuit, avant de s’éteindre.

Ces lumières, racontées par des médias californiens comme le San Francisco Chronicle ou SFGate, venaient de projecteurs installés par Reflect Orbital, une start-up basée à Hawthorne, près de Los Angeles. Le 9 juillet, la start-up a obtenu de la FCC, le régulateur américain des télécommunications, le feu vert pour lancer un premier satellite de démonstration, baptisé Earendil-1, première étape de son projet de constellation de satellites miroirs.

50 000 satellites en projet

Reflect Orbital vise bien plus grand : jusqu’à 50 000 miroirs en orbite d’ici 2035. L’entreprise n’a pourtant encore déposé aucune demande pour cette constellation. Cet été, la FCC ne lui a autorisé qu’un seul satellite d’essai, et ce malgré l’opposition de nombreux scientifiques, ainsi que du grand public qui craignait des dommages extrêmes causés au ciel nocturne, sans compter la pollution engendrée par ces multiples lancements qu’aucun besoin réel ne semble justifier.

L’idée de Reflect Orbital est de profiter de ces multiples miroirs placés tout autour de la Terre pour pouvoir refléter la lumière du Soleil et l’amener n’importe où, n’importe quand. Ainsi, des terrains agricoles qui ont besoin de soleil, des installations militaires, ou encore tout simplement des panneaux solaires pourraient être illuminés en pleine nuit, sur simple demande de leur propriétaire.

Vue d'artiste de la constellation de Reflect Orbital
Vue d’artiste de la constellation de Reflect Orbital. // Source : Reflect Orbital

En face, les astronomes dénonçaient ce projet dystopique qui fait craindre le pire pour les télescopes, sans oublier les perturbations que risque de subir la faune nocturne, en cas de nuit interrompue.

Des spots lumineux pour simuler

Le test du week-end dernier n’était pas encore réalisé par des satellites en orbite. Le premier satellite, Earendil-1, doit décoller d’ici la fin de l’année, en vol partagé à bord d’une fusée Falcon 9 de SpaceX. Ce mercredi 14 octobre, Reflect Orbital a annoncé avoir conclu un contrat avec l’entreprise indienne Skyroot Aerospace pour deux lancements de ses futurs satellites. Le premier se fera sur la fusée Vikram-1, le second sur la Vikram-1U, encore en développement.

Samedi, Reflect Orbital a seulement installé deux projecteurs très puissants, reliés à un groupe électrogène, pour reproduire la tache de lumière que doivent produire ses satellites. L’essai s’est fait avec les secouristes bénévoles de China Lake Mountain Rescue. Ils se sont entraînés à quadriller le terrain, à porter des brancards et à installer du matériel, d’abord dans le noir puis sous les projecteurs.

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Les secouristes au travail sous la lumière des projecteurs. // Source : Reflect Orbital

Les projecteurs étaient posés au bord de la route de Horseshoe Meadows, sur les pentes qui dominent Lone Pine, au pied du mont Whitney. Phillip Cash, responsable des opérations de China Lake Mountain Rescue, a décrit au San Francisco Chronicle une lumière un peu plus forte que celle de la pleine Lune, qui permettait de voir à environ cinq kilomètres dans toutes les directions. Il reste prudent : son équipe sait déjà bien travailler de nuit, et il ne pense pas que cette technologie bouleversera le secours en montagne.

D’après une étude de l’Observatoire européen austral (ESO), le satellite d’essai paraîtra quatre fois plus brillant que la pleine Lune pour qui se trouve dans son faisceau. Les miroirs de la future constellation sont trois fois plus larges.

Pour quelqu’un placé au centre du faisceau, chacun brillerait environ 40 fois plus que la pleine Lune, selon une étude publiée dans The Astrophysical Journal Letters. Les riverains n’auront pas le choix : à 14 kilomètres du centre du faisceau, chaque miroir resterait aussi brillant que la pleine Lune, selon la même étude.

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